La santé masculine au travail reste un sujet dont on parle peu, alors que les chiffres invitent à s'en saisir sans attendre. Cancer de la prostate, cancer du testicule, santé mentale : ces enjeux touchent une large partie des collaborateurs, mais ils restent rarement évoqués en entreprise. Beaucoup d'hommes reportent leurs rendez-vous médicaux, minimisent leurs symptômes ou ne se sentent tout simplement pas légitimes à en parler au travail.
Pour les directions RH, les directions communication et les directions RSE, l'enjeu n'est pas de se substituer aux professionnels de santé. Il est de créer un cadre où le sujet peut exister, où les collaborateurs concernés se sentent autorisés à consulter, et où le service de santé au travail devient un point d'appui identifié plutôt qu'une démarche isolée. Cet article pose le constat chiffré, explique pourquoi les hommes consultent moins souvent, précise le rôle de l'employeur et du service de prévention et de santé au travail, puis détaille quatre leviers concrets à activer, notamment autour du mois de Movember.
Avertissement : cet article a une vocation d'information générale. Il ne remplace en aucun cas un avis médical individuel. Toute question de santé personnelle relève d'un professionnel de santé, en particulier du médecin traitant ou du médecin du travail.
Sommaire
Le constat : trois chiffres qui posent le sujet
Trois données suffisent à mesurer l'ampleur du sujet.
- Le cancer de la prostate touche près de 60 000 hommes chaque année en France. C'est le cancer le plus fréquent chez l'homme, avec 59 885 nouveaux cas estimés en 2018 et 24 % de l'ensemble des cancers masculins. Diagnostiqué à temps, il se soigne bien : la survie nette à 5 ans atteint 93 %. Source : Institut national du cancer, épidémiologie des cancers de la prostate.
- Le cancer du testicule concerne environ 2 300 hommes par an, et c'est le premier cancer chez les hommes de 15 à 35 ans. Une partie importante des collaborateurs en activité est donc directement concernée par ce risque, à un âge où le sujet est rarement abordé au travail. Source : Institut national du cancer, l'essentiel sur les cancers du testicule.
- Environ trois personnes sur quatre qui meurent par suicide en France sont des hommes. En 2023, la France a enregistré 8 848 décès par suicide, et les hommes de 45 ans et plus affichent les taux de mortalité les plus élevés. Source : Santé publique France, données Suicides et tentatives de suicide.
Ces trois chiffres racontent la même histoire sous des angles différents : des maladies qui se soignent bien quand elles sont prises à temps, et une santé mentale qui pèse plus lourd chez les hommes, en particulier passé un certain âge. Le point commun, c'est le moment où l'alerte est donnée, et donc le moment où la personne consulte.
Pourquoi les hommes consultent moins
Les données disponibles ne montrent pas une différence biologique qui expliquerait, à elle seule, un recours aux soins plus tardif chez les hommes. Santé publique France pointe une explication d'un autre ordre : « La construction sociale et culturelle des identités féminine et masculine apparaît comme un élément majeur de différenciation » dans le renoncement aux soins et les comportements de consultation. Source : Santé publique France, Femmes et hommes face au renoncement aux soins, La Santé en action, 2017.
Concrètement, cela veut dire que consulter, prendre le temps d'un rendez-vous, ou parler d'un symptôme reste, pour une partie des hommes, une démarche qu'ils repoussent plus facilement qu'une femme ne le ferait, sans que cela relève d'un choix conscient et affirmé. Le renoncement aux soins touche les deux sexes, mais il ne se construit pas de la même manière.
Cet écart se retrouve aussi dans le dépistage organisé du cancer colorectal. Une étude de la Drees montre que les inégalités sociales de participation à ce dépistage sont plus marquées chez les hommes que chez les femmes : les hommes de 50 à 74 ans faisant partie des 10 % les plus aisés ont 2,1 fois plus de chances d'avoir été dépistés que les 10 % les plus modestes, contre un ratio de 1,8 chez les femmes. Autrement dit, quand les conditions d'accès aux soins se dégradent, le recul du dépistage est encore plus marqué chez les hommes. Source : Drees, Études et Résultats, Dépistage du cancer : les personnes modestes y recourent moins souvent.
Le rôle de l'employeur et du service de prévention et de santé au travail
L'employeur n'a pas vocation à se substituer au médecin. Il a en revanche une obligation claire : organiser ou adhérer à un service de prévention et de santé au travail (SPST), qui reste le bon acteur pour tout ce qui touche à la santé au travail au sens strict. En dessous de 500 salariés suivis, l'adhésion à un service de prévention et de santé au travail interentreprises (SPSTI) est obligatoire. Au-delà de ce seuil, l'employeur peut choisir un service autonome ou continuer à adhérer à un SPSTI. Source : INRS, organisation des services de prévention et de santé au travail.
Depuis la loi de 2021, chaque SPST doit intégrer quatre missions dans ses actions : la prévention des risques professionnels, l'accompagnement sur le document unique d'évaluation des risques professionnels (DUERP), le suivi individuel de l'état de santé de chaque salarié via les visites médicales réglementaires, et la prévention de la désinsertion professionnelle. Le Code du travail prévoit même que l'employeur « prend toutes mesures pour permettre au médecin du travail de consacrer à ses missions en milieu de travail le tiers de son temps ». Source : INRS, actions des services de prévention et de santé au travail.
Concrètement, le rôle de l'employeur consiste à faciliter ce lien : donner aux collaborateurs le temps de se rendre à leurs visites médicales, relayer les campagnes de prévention portées par le SPST, et l'associer en amont quand une action de sensibilisation santé est envisagée. Certains SPST proposent des temps d'échange ou des interventions sur des sujets de prévention ciblés, notamment à l'occasion d'opérations comme Movember. Le service de santé au travail reste l'interlocuteur de référence pour toute question médicale individuelle : le rôle de l'entreprise est de créer les conditions qui rendent ce recours plus naturel, pas de le remplacer.
Quatre leviers concrets pour l'entreprise
1. Ouvrir le dialogue avec le service de santé au travail
Avant toute action de communication, prenez contact avec votre SPST ou votre médecin du travail pour construire une action commune : un temps d'échange, une intervention ciblée sur la santé masculine, ou simplement un rappel des dispositifs existants. C'est le meilleur moyen d'éviter les approximations et de renvoyer vers les bons interlocuteurs en cas de question individuelle.
2. Faciliter concrètement l'accès aux visites médicales
Un rendez-vous médical qui tombe pendant les heures de travail se pose plus facilement quand le manager n'a pas besoin d'être convaincu. Rappelez les visites obligatoires, laissez de la souplesse dans l'agenda, et évitez que la charge de travail devienne, même involontairement, un frein à la consultation.
3. Mobiliser vos équipes autour d'un challenge connecté
Le mois de Movember, du 1er au 30 novembre, offre un point d'entrée naturel pour parler de santé masculine sans en faire un sujet pesant. United Heroes vous accompagne pour construire votre animation Movember selon votre contexte : un challenge connecté sur l'application mobile de vos collaborateurs, dont on définit le format avec vous, et, par exemple, un article et un quiz chaque semaine pour apprendre et monter en connaissance sur la santé masculine. Pour d'autres idées d'actions sur le mois, consultez nos 7 actions Movember en entreprise, et pour les dates et l'origine du mouvement, notre article Movember 2026. L'activité physique devient alors un prétexte accessible pour aborder un sujet plus sérieux, sans jamais remplacer le rôle du service de santé au travail.
4. Libérer la parole sur la santé mentale masculine
La santé mentale reste souvent le point le plus difficile à aborder. Des contenus courts, des témoignages anonymisés ou des rituels d'équipe réguliers aident à normaliser le sujet, en particulier chez les hommes de 45 ans et plus, la population la plus concernée par la mortalité par suicide. Pensez aussi à afficher le 3114, numéro national de prévention du suicide, gratuit et joignable 24 heures sur 24, pour les collaborateurs en détresse comme pour leurs collègues inquiets. Pour des idées d'animations plus larges sur la santé en entreprise tout au long de l'année, vous pouvez consulter notre article sur les meilleures animations santé en entreprise.
FAQ
La santé masculine au travail concerne-t-elle uniquement le cancer de la prostate ?
Non. Le sujet couvre au moins trois dimensions : les cancers spécifiquement masculins (prostate, testicule), la santé mentale, et plus largement le rapport des hommes au soin et à la consultation médicale. Ces sujets se recoupent souvent : retarder une consultation vaut aussi bien pour un symptôme physique que pour une difficulté psychologique.
L'entreprise peut-elle organiser un dépistage sur site ?
L'entreprise n'a pas vocation à organiser elle-même un dépistage médical. C'est le service de prévention et de santé au travail qui est légitime pour toute action de ce type, en lien avec les autorités de santé compétentes. L'entreprise peut en revanche informer, sensibiliser et faciliter l'accès aux dispositifs existants.
Que répondre à un collaborateur qui évoque une difficulté de santé au travail ?
Écoutez sans minimiser, et orientez vers le bon interlocuteur : le médecin du travail pour toute question médicale, les ressources humaines pour les aspects liés au poste ou à l'organisation. Le rôle du manager n'est pas de diagnostiquer, mais de ne pas laisser un signal faible sans réponse.
Pourquoi lier Movember à un sujet aussi sérieux ?
Parce que l'activité physique collective et la convivialité restent des leviers d'engagement éprouvés pour aborder des sujets qui, présentés frontalement, restent difficiles à porter. Movember permet de parler de santé masculine sur un mode positif, sans dramatiser ni minimiser l'enjeu.
Envie d'agir concrètement ce mois de novembre ?
United Heroes accompagne les entreprises qui veulent parler de santé masculine sans en faire un sujet tabou. Découvrez comment nous construisons avec vous votre animation Movember : un challenge connecté pour mobiliser vos équipes tout le mois de novembre, dont on définit le format selon votre contexte, avec, par exemple, un article et un quiz chaque semaine dans l'application.
Product Marketing Manager chez United Heroes